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Extrait d'un article pour L'Employé Suisse / Schweizer Arbeitgeber du 23.11.95
Télécommunication et autoroutes de l'information: cyberespace pour la réinsertion socio-économique des personnes handicapées
En général, de par sa mobilité réduite, la personne handicapée rencontre passablement de difficultés pour son intégration socio-économique. Celles-ci se situent principalement au plan des barrières architecturales pour l'accès aux établissements publics et aux moyens de transport. Quant à l'accès aux entreprises et sociétés commerciales, la problématique est encore accrue par le fait de devoir réunir plusieurs conditions simultanément pour y apporter une réponse: accessibilité de la place de travail, des sanitaires, du parking, ou encore du restaurant d'entreprise selon le cas. Mais, malgré que ces conditions soient réunies, il subsistera toujours une frange de personnes handicapées qui ne pourra jamais s'insérer ou se réinsérer (à la suite d'un accident ou d'une maladie) dans le circuit économique traditionnel. Ceci pour toutes sortes de raisons. Par exemple à cause d'un handicap très important (tétraplégie, myopathie, etc.) ou bien la personne handicapée vit dans une région géographique où l'activité économique n'est pas propice à sa réinsertion - milieu rural ou à industrie lourde comme la métallurgie. D'autre part il convient également de préciser que la situation économique que nous connaissons depuis quelques temps, avec un taux élevé de chômage, n'est pas propice à l'insertion économique des personnes handicapées. Des statistiques l'on montré, celles-ci sont parmi les premières à être licenciées en cas de récession.
Dès lors, il s'agit d'être inventif et de créer aujourd'hui les métiers de demain en une perspective globale. Il nous paraît inéluctable que notre économie doive profondément se transformer pour faire face aux difficultés actuelles. Peu à peu émerge la conscience que cette activité économique ne peut se faire au mépris de la biosphère et des êtres vivants qui l'habitent. Nous prenons conscience que l'homme et son environnement forment un tout irréductible en ses composantes. On parle ainsi de développement durable, intégrant aussi bien les besoins de l'homme - tant matériels que spirituels - que ceux de l'environnement.
Le télétravail, une idée vieille de déjà dix ans
A ce carrefour des mutations et révolutions socio-économique, examinons les perspectives pour la personne handicapée. La branche économique qui se prête le mieux au handicap est celle du Tertiaire, c'est-à-dire les services et en particulier celui de l'information. Depuis quelques temps il y a une explosion dans les nouvelles technologies du domaine des télécommunications: télématique, télécopieur, réseaux numériques à intégration de services (RNIS), ces fameuses autoroutes de l'information, etc. Et, sans oublier évidemment, l'éclosion tous azimuts du multimédia aux perspectives énormes pour le futur. Notre société est vraiment entrée de plein fouet dans l'ère de l'information. Celle-ci va provoquer un bond évolutif prodigieux de notre société en raccourcissant les distances et rapprochant ainsi les gens. Cette information va devenir l'activité économique dominante à l'aube du troisième millénaire. L'espace virtuelle, à partir des réseaux à la surface de la Terre, va conférer à notre société l'allure d'un cerveau planétaire. Selon l'expression du sociologue McLuhan, la Terre est devenu un grand village. Ce cyberespace va gommer les différences sociales et physiques des individus. En particulier, la personne handicapée physique n'y sera plus perçue au travers de son handicap mais comme un cerveau communiquant avec son environnement.
Il y a une dizaine d'années, déjà, on commençait à parler de télétravail, même si ce néologisme n'était pas utilisé couramment à l'époque. A l'Association Suisse des Paralysés (ASPr) nous avions eu, à ce moment-là, la réflexion suivante:
- le matériel informatique, tout en augmentant de puissance de traitement, a diminué de volume et se montre moins gourmand en énergie électrique: micro-ordinateurs comme les PC et les Macintosh;
la télécommunication avec ses prodigieux développements est devenu accessible à tous: cartes modem et logiciels de communication sur PC;
- on parle de plus en plus de cette nouvelle forme de travail, le télétravail, que l'on peut pratiquer chez soi, à domicile;
- alors développons des places de télétravail pour des personnes handicapées à domicile, ou dans le cadre d'institutions pour handicapés graves comme les Foyers.
Toujours à la même époque, nous avions mené une enquête sous forme de questionnaire dans le journal Faire Face, organe officiel de l'ASPr, afin d'établir le besoin en développement de places de travail électronique pour des personnes handicapées - à domicile ou en institution - et de jauger les potentialités des personnes intéressées.
Quelques cent personnes ont répondu à l'appel et rempli attentivement le questionnaire. L'intérêt était bien réel, à côté du désir de faire de la bureautique (env. 80%), nous trouvions encore un 25%, environ, désireux de faire du développement/programmation ou de l'analyse/concept. En particulier nous fumes surpris de découvrir qu'un 15% avait suivi une école supérieure (Ecole de commerce, technique ou l'Université). Donc des intelligences captives que la téléinformatique à domicile était susceptible de révéler. Ainsi naquit l'idée du projet TELEPHAN (TELEinformatique Pour HANdicapés) avec pour objectif de fournir du télétravail, de type occupationnel et lucratif, à des personnes handicapées (voir le schéma ci-dessus). Par la suite fut créé, à Lausanne, la Fondation Handitel dont la mission était en autres de développer le télétravail pour les personnes handicapées. Malheureusement, faute de moyens financiers, cette fondation a dû mettre la clé sous le paillasson et l'idée TELEPHAN n'a jamais vu le jour.
Internet ou l'ouverture sur le cyberespace des ateliers virtuels
Avec l'arrivée fracassante des autoroutes de l'information, en particulier celle d'Internet au développement exponentiel, TELEPHAN, tel un Phénix, renaît aujourd'hui de ses cendres. En effet les réseaux de télécommunication permettent la création d'ateliers virtuels où les personnes handicapées peuvent mettre en valeur leur potentialité sous toutes ses formes. Les activités sont nombreuses et quasiment sans limite: télésecrétariat, télédessin, télémarketing, téléformation, etc., etc
Pour ou contre la télématique?
Evidemment la controverse n'aura pas manquée sur ces nouvelles technologies de la télécommunication. Et les médias s'en sont déjà fait l'écho avec des opinions à l'emporte-pièce, du style " Internet? Un monde d'autistes ". En fait , la réalité d'un choix technologique n'est jamais aussi tranchée. Ce n'est pas la " chose " qu'il faut juger mais l'" usage de la chose ". Intrinsèquement Internet est neutre. Actif dans le milieu de l'informatique pour personnes handicapées, je me suis souvent entendu dire que l'informatique les isole encore plus. Et je donne invariablement la même réponse du cas réel d'une personne tétraplégique qui n'arrive à bouger que la tête et qui est dépendante jour et nuit d'un appareil respirateur. Continuellement clouée dans sa chambre, la téléinformatique est pour elle cette fenêtre ouverte sur le monde et sur les gens. Elle peut communiquer - indispensable à l'humain - et entrer en contact avec les autres. Des outils comme Internet sont à même de la faire voyager sur toute la planète, visiter le Musée du Louvre à Paris ou contempler les oeuvres de la Fondation Berger à Lausanne. Puisqu'elle ne peut se déplacer dans le monde, c'est le monde qui vient chez cette personne, au travers de l'écran de son ordinateur. N'est-ce pas merveilleux? L'informatique ne l'isole pas, bien au contraire, elle lui a permis d'avoir tout un réseau de relations humaines riches et stimulantes et qui donnent un sens à sa vie.
André L. Braichet
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